Pierre la Police chambarde les idées sur le bon goût

Le 30 août 2016, Arts Factory – Bastille soufflait ses vingts bougies! Et pour ce bel évènement qui se poursuit sur plusieurs semaines, un délicieux programme est prévu, et ravira l’amateur d’art contemporain, d’illustration, ou le simple fureteur que tu es : du 31 août au 24 septembre, Effi Mild et Laurent Zorzin (les deux passionnés à l’origine du lieu) feront réapparaître de la réserve aux trésors des archives de sérigraphies, affiches, flyers, graphzines, une multitude de surprises graphiques… Et certaines pièces jusqu’alors épuisées seront, exceptionnellement pour la rétrospective, remises en vente. Alors Go!

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Autant dire que la liste des artistes exposés est plutôt riche, en vingt ans : Martes Bathori, Charles Burns, Captain Cavern, Joan Cornellà, Guillomit, Icinori, Killoffer, Pierre la Police, Jean Lecointre, Moolinex, Tom de Pékin, Winshluss et tant d’autres… Ils sont tous remarquables, reflétant l’identité forte de la galerie, à la fois exigeante et accessible, pointue et décalée. Nous avons fait le choix de nous attarder sur l’un d’eux, afin de marquer le coup, à notre façon!

♥ PIERRE LA POLICE ♥

Lui-même un personnage de fiction, insaisissable… Parfois comme son œuvre!
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Le mystérieux dessinateur français reste anonyme. Caché derrière son pseudo, il a crée en plusieurs années un univers bizarroïde, empreint d’absurdité, et d’un humour habilement lucide, froid, et grinçant. Pierre la Police livre son interprétation sur les stéréotypes pénétrants, et semble par le dessin et les mots, exulter sa peur de la normalité, superficielle et lisse ; “pire que tout”. Il admet avoir toujours désiré être perçu comme quelqu’un de neutre, en gommant tout ce qui pourrait trahir un quelconque décalage … Mais bon, il avoue aussi “qu’il s’agit d’une normalité cultivée comme une sorte de snobisme”. Il nargue cette vraie crainte, et en cultivant le point d’interrogation sur sa propre identité il s’assure un caractère hors norme : “L’anonymat est quelque chose qui me convient bien”, “Je souhaite m’effacer derrière mon travail. Il y a bien assez de têtes partout sans qu’on y ajoute la mienne.” Bien qu’il soit tout de même bien là dans la presse magazine, dans les pages des Inrocks, de Libé, de Beaux-Arts Magazine, de So Foot, GQ… Ou encore sur des pochettes de disques. Que l’on sache son nom de naissance ou pas, son trait, sa veine personnelle, sautent aux yeux : On te démasque quand même mec!

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Il consacre autant son temps à la préparation d’expos (chez Art Concept, Arts Factory, Agnès B, Kamel Mennour…) qu’à la réalisation de bandes dessinées dans lesquelles il décuple son plaisir de dissection des comportements humains, et celui d’exagération (drôle et cruelle) sur l’ironie du monde. Il offre une représentation grossie de ses observations à-travers différents filtres, sans aucune pitié pour notre société si aveuglément vulgaire. Pourtant il n’agit pas avec méchanceté, il a seulement développé une lucidité et un sens critique puissance mille! Peu importe le support, sur murs blancs ou sur papiers à dessin, Pierre la Police veut chambarder les règles du bon goût et de l’esthétique en proposant des versions plus dégoûtantes, plus poilues, plus gluantes, plus graisseuses et plus liées à d’autres adjectifs contraires aux “choses acceptables”, “passe-partout”…”normales?” pour la grande majorité. Une french manucure parfaite, un buis bien taillé, pas de noir avec du bleu marine, ça non, jamais : et ben PLP dévaste monstrueusement tout ça. La pop culture au sens noble et ce que l’on pourrait soupçonner de “douchebag attitude” sont illustrées par ses soins, vives en couleurs! D’un paquet de chips au bacon à Bruce Lee, Starsky et Hutch, en passant par beaucoup-beaucoup de lectures d’anticipation, ses influences infusent en permanence dans son cerveau et teintent fortement son travail. “Son œuvre – Une ode incomparable à la junk culture, entre fascination béate et écœurement” (J.P Mercier, dans un hors série de Beaux-Arts Magazine, 2003). PLP pratique l’Art Idiot : un courant super intelligent.

La science fiction est omniprésente dans ses travaux, car il raisonne ainsi : C’est évident! Le monde actuel a fini par bel et bien rattraper toutes ses histoires qu’il dévorait dans sa jeunesse… Il est devenu tout aussi dingue et invraisemblable.

“C’est un peu comme si les espaces des mondes rêvés, des utopies et des catastrophes, s’étaient fondus dans notre réalité. Nous vivons dans la science fiction. Je ne serais pas étonné de lire dans le journal de demain qu’un Yannick Noah de soixante mètres de haut serait sorti de l’océan et détruirait tout sur son passage”. (Pierre la Police)
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Étrange, Hybride, et révélateur d’une glaçante réalité, encore trop obscure (ou effrayante) pour certains, PLP dépasse de nombreux codes et donne à penser sur tout ce qui nous entoure, sur la nature profonde de l’humanité (rien que ça!). Tel avec un petit miroir magique il fragilise nos certitudes et notre regard sur les choses, il nous stupéfait tous. Son art, indissociable du langage, dans lequel on peut également déceler une forme de non sens, un mashup subtil de références, diffuse une intrigante poésie… dont la découverte mérite d’aller scruter du côté de la rue Charonne (Paris 11)!

Pour Pierre la Police exclusivement > Mondo Thémistecle, du 12 octobre au 19 novembre.

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“Propose un bilan définitif sur ce qu’il est important de connaître sur ces cons de chiens”… On peut pas mieux le vendre!

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TOP TÉLÉ MAXIMUM, éditions Cornelius. “Ne reculant devant aucune méthode pour mieux informer ses lecteurs sur les méandres occultes du 8ème art, PLP a mis à contribution son carnet d’adresses et ses archives personnelles pour dénicher les gros dossiers qui ont échappé aux autres”. Morandini tiens toi bien…

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Pour les explorations concernant les autres artistes exposés et tout aussi talentueux, tu auras toutes les précises infos ici

www.pierrelapolice.com