Une maison d’artiste par l’atelier FCJZ

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Un énorme bloc de béton aveugle est posé en plein milieu d’une promenade piétonne à Shanghai. Les architectes de l’atelier FCJZ ne font pas dans la dentelle. Question intégration architecturale, on a vu plus subtile. Ce logement issu d’un prototype de 1991, a été construit en 2013 à l’occasion de la « West Bund Biennale of Architecture and Contemporary Art ». Difficile d’y voir une maison tellement tout s’en éloigne. C’est pourtant bien une demeure temporaire pour artistes avec la particularité d’avoir des fenêtres horizontales.

 

Le toit et les planchers en verre permettent un éclairage zénithal et une transparence sur chaque étage. Tous les éléments techniques, comme la tuyauterie, sont visible. Les quelques fentes présentes en façade créent un effet de bandes lumineuses tranchant l’espace. La colonne d’acier centrale supporte une succession de croix métalliques scindant le plancher de chaque étage en quatre zones pouvant accueillir des fonctions différentes. Nous sommes dans l’ambivalence d’un monolithe de béton brut affichant pourtant une certaine transparence laissant tout voir des subtilités qui le composent, une architecture de mur, minimaliste.

 

L’espace conduit à la méditation, au recentrement sur soi. L’homme, quelque soit l’étage qu’il occupe, peut voir le ciel au dessus de lui et la terre en dessous, vivant sa vie dans cet entre-deux. L’absence d’intimité, l’intérieur froid, déshumanisé, industriel et oppressant rend la demeure difficile à habiter. C’est quelque part une machine à habiter. Cette atmosphère nous fait sentir que plus humain et nous fait prendre conscience de notre spécificité.

 

Ce prototype offre de nouvelles perspectives en architecture, revisitant de manière extrême notre manière d’habiter. C’est l’idée d’un habitat à faible emprise au sol, s’ouvrant exclusivement sur le ciel, et se refermant latéralement. On peut imaginer dans un contexte de haute densité une succession de logements reprenant ce principe, accolés les uns aux autres, permettant d’associer promiscuité et intimité par l’absence d’ouvertures latérales. Ce concept fait échos à l’expérimentation « Nexus » d’OMA où les logements pourvus de patios sont cette fois-ci parfaitement vivables. Ce projet est aussi une critique de la transparence des murs dans l’architecture moderne qui réduit l’intimité vis-à-vis de l’extérieur. La transparence verticale proposée ici est un remède à ce désagrément, au détriment de l’intimité des habitants d’une même maison. Le problème est donc simplement inversé.

 

L’atelier FCJZ a donc su mettre au point une œuvre froide et unitaire de l’extérieure, mais riche d’enseignements par l’exploration de son intérieur. Face à la brutalité première de cette architecture, de nombreuses expériences s’offrent à l’habitant, oscillant entre l’appréciation de la subtilité architecturale et des réflexions théoriques et métaphysiques par la pratique de cet espace si particulier.

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