Le Klub des Loosers américain s’appelle Milo et il fait du Art-Rap.

Milo

Derrière le terme hyper pompeux, le art-rap de Milo est une alternative pour ceux qui ne représentent aucune ville ou un quartier.

Le Basquiat de la comédie US.

Chercher les racines du Art-Rap revient à retracer la carrière d’Open Mike Eagle, rappeur originaire de Chicago mais adopté par Los Angeles. Mike estime que le rap doit être un art majeur à part entière, au même rang que la sculpture ou la peinture, et se revendique d’ailleurs comme un héritier de Jean Michel Basquiat. Contrairement au rap qui représente géographiquement, la base du sien est alimenté par la culture et la littérature, en faisant passer des références à Oscar Wilde dont tout le monde se fout par exemple.

Comment fait-il pour ne pas passer pour un connard prétentieux? Sous forme de sketches très second degré, comme les paroles de “WTF is art rap” à moitié sincères: “Je brosse le portrait: l’art-rap est un spectacle live avec des rappeurs qui rappent à propos de l’art, pendant que des artistes peignent un tableau des rappeurs. Les battles de rap se font à renforts infinis d’hummus, pendant que des MCs analysent des oeuvres de Van Gogh pour gagner des bons chez Whole Food et des t-shirts American Apparel”. L’humour est rôdé et trouve tout de suite sa place auprès d’Hannibal Buress, vieux pote de Mike passé par l’incontournable Saturday Night Live et possédant maintenant son propre show. Une exposition qui lui vaut vite la place de “rappeur préféré des comédiens”, allant de Marc Maron à Paul F Tomkins (la voix de Mr Peanutbutter dans la série Bojack Horseman), mais aussi atteignant le cercle de mecs comme Flying Lotus et Thundercat. Un développement plutôt cool pour un mec qui écoutait de l’indie rock en cachette, pour pas que ses potes se foutent de lui.

 

Philosophe sur des serviettes en papier.

Milo a beaucoup de points communs avec Open Mike Eagle, surtout celui de la tête à claques, en étant majeur de sa promo en études de philosophie et tout le package qui va avec: peu d’amis et un pessimisme qu’il traine le long d’un rap monotone, exactement comme le fait Fuzati/Le Klub des Loosers chez nous et Earl Sweatshirt chez lui. Ajoutez à ça le syndrome de l’écriture incessante, sur ses cahiers, son téléphone des napperons de restaurants végétariens et vous aurez une assez bonne idée de son quotidien à Milwaukee.

Et forcément, quand on mélange dans ses paroles des références à Dragon Ball Z, puis à l’existentialisme, puis à la mort de l’égo, on a beaucoup de chance de perdre des gens en route, surtout dans une ville où le rap n’est pas le sport le plus répandu. C’est un ras le bol de cette scène et un mauvais relai de ses médias qui pousse Milo à bouger vers Los Angeles, pour rejoindre le Hellfyre Club, collectif formé autour d’Open Mike Eagle, Busdriver et Nocando. Il y développe un rap plus dense, plus expérimental et qui mériterait d’être analysé en examen final dans un cursus de lettres modernes. La nouvelle génération du art-rap est en marche, la tête vissée dans des bouquins de philo, une revanche des geeks propulsée par Internet.

Milo – So The Flies Won’t Come (Ruby Yacht)

Milo sur Bandcamp

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