Jusqu’au 1er mars 2026, le musée national de la Marine consacre une exposition au plus grand exploit maritime de tous les temps : l’expédition de Fernand de Magellan (1519-1522).

L’exposition immersive au musée national de la Marine mêle projections sur écrans géants, décors théâtralisés et récit intime au cœur de ce tour du monde. Ce voyage, dont Magellan ne verra pas l’achèvement, prend place entre 1519 et 1522, soit quelque cinq cent sept ans plus tôt. Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, disait Joachim du Bellay.
Se basant en partie sur les dernières recherches scientifiques et les images de la série animée L’Incroyable périple de Magellan, écrite et réalisée par François de Riberolles, illustrée par les dessins d’Ugo Bienvenu, et produite par Camera Lucida et Arte, l’exposition replace l’expédition dans son contexte historique et apporte un regard nouveau.

Le premier tour du monde…
Fernand de Magellan (1480-1521), navigateur portugais au service du roi Charles Ier d’Espagne, souhaite atteindre les îles aux Épices (Moluques) en naviguant vers l’ouest. Il s’agit alors autant de tracer une nouvelle route commerciale comme Christophe Colomb le fit en son temps que de prouver que la Terre est navigable d’un bout à l’autre.
« Le 20 septembre 1519, un équipage de 237 hommes répartis sur cinq voiliers (le Trinidad (navire amiral), le San Antonio, le Concepción, le Victoria et le Santiago) s’élançait depuis Séville dans l’océan Atlantique, cap à l’ouest, vers les confins du monde connu », explique le musée national de la Marine. Le pari ? Trouver un passage à travers le continent américain pour rejoindre l’océan Pacifique et, de l’autre côté du monde, atteindre les Indes.
Sur les 237 hommes d’équipage, seuls dix-huit rentrent à bon port sur le seul navire restant : le Victoria. Le capitaine Magellan n’en fait pas partie : impliqué dans un conflit local aux Philippines, il est tué lors de la bataille de Mactan, face au chef Lapu-Lapu, en avril 1521.
Si l’expédition connut très rapidement des tensions entre capitaines, des mutineries et des conditions extrêmes – notamment lors de la traversée du Pacifique, qui dura trois mois avec famine, scorbut et nombreux morts –, elle fut néanmoins un succès : le tour du monde complet par voie de mer, la première circumnavigation, fut achevé.

… pour un tour en musée.
L’exposition se base sur le travail d’Antonio Pigafetta, qui laisse des chroniques très complètes du voyage, et revient sur les « enjeux politiques et économiques de l’expédition, la dureté de la vie en mer, la découverte et l’émerveillement devant les nouvelles terres et les peuples rencontrés, et jusqu’aux violences, contre les femmes et les autochtones, et à la mort ». Aucune facette du voyage n’est oubliée.
« En contant leur aventure hors du commun, l’exposition met en lumière les protagonistes souvent méconnus de l’expédition, et permet d’appréhender les caractéristiques de la navigation du début du XVIe siècle et les implications humaines et sociales des grandes expéditions de découvertes. »
L’exposition suit une chronologie simple : celle de l’expédition. Sauf à la fin de la visite, où elle revient sur la mort de Magellan et « ouvre la réflexion sur l’héritage laissé dans son sillage depuis cinq siècles ». Le musée propose ainsi une introduction traditionnelle, évoquant Fernand de Magellan (v. 1480-1521), Christophe Colomb (1451-1506) et Vasco de Gama (1469-1524), les plus célèbres navigateurs des XVe et XVIe siècles, s’intéresse au contexte géopolitique de l’époque (celui-ci étant dominé et divisé entre l’Espagne et le Portugal suivant le traité de Tordesillas signé le 7 juin 1494), et l’impact des épices – sans doute avons-nous là l’inspiration de Frank Herbert lorsqu’il écrivit Dune.


Un voyage à étapes.
« Le départ approche ! Les cloches de la cathédrale de Séville sonnent, annonçant le début du parcours audiovisuel conté par Pigafetta » : l’exposition poursuit ensuite avec le début du voyage. Et, comme Louis-Antoine de Bougainville (1729–1811), James Cook (1728–1779), Jean-François de La Pérouse (1741–1788), T. E. Lawrence a.k.a. Lawrence d’Arabie (1888–1935), Jean-Baptiste Charcot (1867–1936), Wilfred Thesiger (1910–2003) ou encore Paul-Émile Victor (1907–1995), Magellan fut militaire avant d’être marin.
En 1512, après avoir combattu en Orient sur les flottes portugaises depuis 1505, Magellan demande une augmentation pour ses services, qui lui sera refusée par le roi du Portugal. Son ami Francisco Serrão, dont il avait sauvé la vie à Malacca, l’invite alors à le rejoindre à Ternate aux Moluques, archipel indonésien des girofles. Ce dernier lui répond qu’il le fera et que « si ce n’est pas par la voie du Portugal, ce sera par celle de la Castille » : voici les origines du projet.
S’ensuit la descente de l’Atlantique le long des côtes africaines jusqu’à l’équateur. La flotte dépasse les archipels de Cap-Vert et traverse ensuite l’océan jusqu’au large du Brésil, malgré une météo instable et des orages de plus en plus violents. Les premières tensions s’installent à bord et Magellan doit tenir l’équipage et ses capitaines. Ils s’arrêtent dans la baie de Santa Lúcia, aujourd’hui Rio de Janeiro, le 13 décembre 1519, pour se reposer et rencontrer les premiers peuples autochtones avant de repartir vers le sud, jusqu’à la baie de San Julián, où ils passeront la mauvaise saison.
C’est la fin de l’insouciance : enthousiasme et espoir des débuts font place à la peur et à la violence. Trois capitaines espagnols – Juan de Cartagena, Luis de Mendoza et Gaspar de Quesada – mènent une rébellion, rapidement matée. Le Santiago, envoyé en exploration, fait naufrage et l’exposition doit être mise en pause à l’embouchure du Santa Cruz pour réparer les navires.
« À l’occasion d’une mission d’exploration, le pilote portugais du San Antonio, Estêvão Gomes, persuadé que l’expédition est vouée à l’échec, mais que le passage semble trouvé, convainc son équipage de déserter ». Les voilà désormais trois navires. De là, ils s’aventurent dans le détroit qui prendra le nom de Magellan, entre la Patagonie continentale et la Terre de Feu. Ils remontent ensuite les côtes sud-américaines le long de l’actuel Chili avant d’obliquer plein est, direction les Philippines.
« Naviguant d’île en île pendant 42 jours, Magellan semble renoncer à rejoindre les Moluques pourtant proches. Le 7 avril 1521, il signe des traités d’amitié avec le souverain de Cebu et décide de provoquer Lapulapu, le chef de l’île voisine de Mactan, qui lui serait hostile. L’affrontement éclate le 27 avril 1521. Magellan et sept de ses compagnons sont tués. Cette mort reste une énigme : fantasme d’invincibilité d’un homme qui a perdu sa lucidité ? Acte suicidaire d’un soldat qui aurait compris qu’il a échoué et ne peut reparaître ni en Espagne ni au Portugal ? ». Puis, quatre jours après la mort de Magellan, le roi de Cebu invite 26 membres de la flotte pour un banquet « qui se révèle être un guet-apens : ils sont tous tués ou capturés ». Les Moluques sont atteintes le 8 novembre 1521. Ne restent que deux navires et 113 hommes d’équipage.
Gonzalo Gómez de Espinosa, alors capitaine-général, secondé par l’Espagnol Juan Sebastián Elcano et l’Italien Giovanni Battista, décide de séparer le reste d’armada. Le premier verra la Trinidad tomber aux mains des Portugais et rejoindra l’Europe avec quatre survivants en 1526. Elcano, capitaine de la Victoria, emprunte de son côté la voie portugaise, par l’ouest. Il plonge très au sud de l’océan Indien et « réalise l’exploit inédit d’une navigation de 151 jours sans escale, de Timor jusqu’au Cap-Vert ».
Magellan est alors mal considéré au Portugal ; Elcano devient héros en Espagne ; Lapu-Lapu est glorifié aux Philippines ; seuls les Chiliens voient en Magellan un héros. Sans doute faudra-t-il aussi la lecture du Magellan de Stefan Zweig pour comprendre l’écart entre la façon dont le navigateur était alors perçu et la manière dont il est aujourd’hui décrit, inspiration d’un Jules Verne qui y inclut des références dans son Vingt mille lieues sous les mers. Fut-il aussi un modèle pour Jean Gaumy ?





