Lundi 30 juin dernier, à l’occasion de la sortie de leur dernier album “MAD!”, le duo pop-rock californien a enflammé la salle Pleyel à Paris, entraînant plus de deux mille cinq cent personnes dans un tourbillon de folie douce. Retour sur le parcours d’un groupe aussi impertinent que réjouissant.
Il est 21h et la salle Pleyel est comble en ce 30 juin caniculaire. Pas question de rater l’unique date de concert des Sparks dans l’Hexagone. Le public, exalté, porte son lot de fidèles (les fans arborant un t-shirt au nom du groupe sont légion). Formé en 1968 à Los Angeles par les frères Mael, Sparks a toujours souhaité échapper aux conventions et autres sirènes commerciales. Son dernier opus “MAD!”, sorti le 25 mai dernier sur le label londonien Transgressive Records, le démontre encore avec brio : douze titres où s’exprime la folie, mais aussi la colère du groupe contre le système politique américain (le chanteur Russel se fendra d’ailleurs d’un léger tacle contre Donald Trump).
Sacs à dos de marque, tatouages et influenceurs
On retrouve sur le vingt-huitième opus des Sparks cette façon moqueuse et toujours un brin décalée de traiter du monde qui nous entoure. Quand le groupe entonne à mi-concert JanSport Backpack, on sourit à l’évocation plutôt insolite d’un sac à dos comme souvenir d’une rupture sentimentale. Une jeune fille vient de rompre avec son petit ami ; ce dernier la regarde partir au loin. À cette situation en apparence banale, tout le génie de Ron Mael, auteur-compositeur et pianiste du groupe, est d’introduire un détail en apparence anodine (un sac à dos de marque JanSport), comme témoin visuel de cet échec amoureux. Quoi de plus original pour traiter d’un thème aussi rebattu qu’une séparation amoureuse ?
Essor des influenceurs, hégémonie de l’humour et tatouages figurent également parmi les thèmes abordés dans l’album “MAD!”. On retiendra pour notre part ce goût pour l’irrévérence propre au groupe, illustré par le titre Do things my own way (“faire les choses à ma manière”), chanté au tout début du spectacle. Depuis toujours, les Sparks refusent d’emprunter des voies toutes tracées et leur goût pour l’innovation semble la recette de leur succès ; nous y reviendrons plus bas.
Au cours de la soirée, les tubes s’égrènent
Dès que les premières notes de This town ain’t big enough for both of us retentissent, on entend une immense clameur dans le public. Ce titre marque en effet le premier succès marquant du groupe, en 1974. Cette année-là, le duo californien décide de s’installer à Londres : c’est le début de la Sparksmania au Royaume-Uni.
Nombreux sont ceux qui à l’époque croient les Sparks anglais tant l’anglophilie du groupe est forte. Produits par Todd Rundgren (Patti Smith, Bad Religion, Meat Loaf, etc.) et signés par Albert Grossman, manager de Bob Dylan, les frères Mael entament alors une ascension qui perdure maintenant depuis près de six décennies.
Un univers atypique
Oscillant entre le glam rock, la new wave ou la pop orchestrale, le binôme de Los Angeles refuse de se cantonner à un seul genre, préférant se laisser guider par sa sensibilité. Un style pluriel infusé par une loufoquerie permanente qui leur réussit, si l’on estime la longévité de leur carrière. Échappant à toutes les modes, les Sparks ont su influencer de nombreux artistes : Depeche Mode, Duran Duran, Björk ou encore Sonic Youth se réclament du groupe.
Ron et Russell Mael n’hésitent pas à multiplier les collaborations : le huitième album du groupe, “N°1 in Heaven” (1979), est ainsi le fruit d’un travail étroit avec le pionnier de l’eurodisco, Giorgio Moroder. En 1988, la fratrie enregistre trois titres avec les Rita Mitsouko sur l’album “Marc et Robert”, produit par Tony Visconti (David Bowie, T.Rex, etc.). Plus près de nous, on se souvient de l’album enregistré avec les Ecossais de Franz Ferdinand en 2015, “FFS”, dont le tube Johnny Delusional nous donne toujours une furieuse envie de danser.
Un goût marqué pour le cinéma
Les collaborations du groupe dépassent le cadre strictement musical : en 2021, Sparks compose et interprète la bande originale du film Annette réalisé par Leos Carrax, diffusé à l’ouverture du Festival de Cannes. Une coopération qui vaudra aux frères Mael le César de la meilleure musique originale en 2022. Le titre So may we start, directement issu du film, a ainsi été joué en ouverture du concert à Pleyel, pour la plus grande joie du public.
Le groupe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et travaille actuellement sur un autre film musical avec le réalisateur John Woo (Le syndicat du crime, The Killer, Mission impossible 2) intitulé X-Crucior. En 2021, le réalisateur britannique Edgar Wright leur consacre un documentaire de 2h21, The Sparks Brothers, dont l’affiche porte la mention suivante : “le groupe préféré de votre groupe préféré”.
Réunissant un casting d’artistes impressionnant (Red Hot Chili Peppers, Björk, Steve Jones des Sex Pistols, Duran Duran, Beck, Thurston Moore, New Order, Alex Kapranos de Franz Ferdinand), le film confirme le statut de génie de ce groupe inclassable, qui a su influencer nombre de ses pairs depuis sa création.
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