Photographe français de renommée mondiale, Raymond Depardon est célébré pendant les deux mois de l’exposition Passages à la Magnum Gallery de Paris. Une exhibition qui revient sur les errances photographique de l’artiste.

Photographe, réalisateur, journaliste et scénariste français, Raymond Depardon est autant connu pour son travail photographique que par son agence, Gamma, qu’il crée en novembre 1966 avec Hubert Henrotte, Léonard de Raemy, Jean Monteux, Hugues Vassal, et Gilles Caron. Il rejoint Magnum en 1979.
Mais, loin des dates stériles, c’est à l’âge de 12 ans qu’il découvre la photographie. Son frère s’était vu offrir un appareil 6×6, mais s’en désintéresse rapidement. Le jeune Depardon le récupère et réalise ses premières photographies au sein de la ferme familiale dans le Garêt. Aujourd’hui tombé dans l’oubli, c’est un certain Lucien Dune qui lui transmet son savoir photographique.
Après avoir été l’apprenti d’un photographe opticien, il rejoint l’agence Dalmas en 1966 puis, entre 1974 et 1977, il couvre l’enlèvement de l’ethnologue français François Claustre, dans le nord du Tchad. Après divers reportages, il rejoint en 1984 le projet DATAR dans la campagne française. En parallèle, il se lance aussi comme réalisateur avec 1974, Une Partie de Campagne et San Clemente vers la fin des années 70 puis Reporters et Délits Flagrants, sur le système judiciaire français, qui lui vaut un César du meilleur documentaire.
Par monts et par vaux
Bien qu’il découvre la photographie dans sa ferme familiale, il passe la majeure partie de sa vie sur les routes, loin de celle-ci et de la commune du Garêt. Des États-Unis au Tchad en passant par l’Afghanistan et l’Italie, allant par monts et par vaux, l’artiste connaît une carrière prolifique dont seulement une partie est exposée à la Galerie Magnum.
L’exposition révèle – et il s’agit là d’une première ! – certaines des photographies réalisées par Raymond Depardon lors de son dernier voyage aux États-Unis qu’il effectue avant l’arrivée de la pandémie de la Covid-19. S’inspirant des photographes américains des années 30, tels Walker Evans ou Arthur Rothstein, il sillonne les petites routes de campagne, dans l’idée de « capturer et transmettre l’essence du pastoral américain ». Des scènes « doucement colorées et désertes » qui évoquent « des décors de films » et reflètent « l’œil cinématographique » de l’artiste.
La correspondance New-Yorkaise, tirée de son premier passage outre Atlantique est aussi exposée. L’on retrouve d’autres séries de l’artiste, notamment son photo-reportage Manicomio réalisée dans un hôpital psychiatrique italien à Trieste, près de Venise, à la fin des années 70, ou sa série réalisée à Glasgow, sur la pauvreté qui frappe la ville dans les années 80. Une œuvre qui inspire notamment Douglas Stewart pour la rédaction de son roman Shuggie Bain.


Une vie sur les routes de France
Une vie sur les routes, d’un bout à l’autre du globe, certes. Mais en France aussi. Certaines de ses séries les plus connues, comme Errance, La France et Communes sont ainsi exposées. Le communiqué de presse de la Galerie Magnum de préciser que les « paysages lumineux de la France, rural et métropolitain, sont parmi les 40 rares estampes actuellement exposées à la galerie Magnum du 11e arrondissement de Paris ».
La France, dont le travail photographique a été publié en 2010, se veut une ode à son pays natal. Dans l’introduction qu’il en fait, Bruno Racine explique que « la géographie de Depardon est unique, arbitraire, personnelle, délibérément née de “la douleur du cadre” et de “la joie de la lumière” ».
De Paris, Raymond Depardon tire une série plus personnelle, réalisée directement dans les appartements et ruelles de la ville où transparaissent une intimité assumée. Chaque image est ainsi une « vignette poétique de la vie quotidienne à Paris dans les années 80 ». Ces images sont tirées de la série d’Entre-temps, un livre photo qui célèbre les moments suspendus entre ses différents voyages, de 1979 à 2006.
« Ensemble, les œuvres de l’exposition révèlent la sensibilité, l’engagement et la vision poétique avec lesquelles Depardon observe le monde. [ Il ] définit la photographie comme “l’écologie de chaque moment”. Que l’on saisisse l’agitation d’une ville comme New York, le silence d’un paysage désertique où les habitations rurales de ses origines, son travail transcende les contraintes du reportage pour atteindre une dimension profondément introspective ».




