À la frontière entre l’illusion et la réalité, ses œuvres transforment le béton en scène, ses personnages se fondent dans les murs et interagissent avec les espaces de manière ludique et surréaliste. Une véritable performance de l’espace public où l’art prend vie et se fait acteur de la ville.

Un artiste polyvalent

Né en 1988 à Epinal sous le nom de Charles Leval, il grandit en Guadeloupe. A son retour en métropole il fait ses études d’art visuel à Strasbourg. Levalet touche au théâtre, à l’audiovisuel, à la photographie ou encore à la sculpture. Mais c’est l’art plastique qui le dévoile. Matière pour laquelle il deviendra professeur. L’artiste se fait connaître pour ses interventions discrètes mais percutantes dans les rues de la capitale. Dès ses débuts, il s’éloigne des codes traditionnels du graffiti pour inventer un langage visuel unique : des personnages dessinés le plus souvent à l’encre de chine, en noir et blanc. En situation d’interaction avec leur environnement. Loin des clins d’œil caricaturaux ou des slogans politiques trop évidents, Levalet préfère la subtilité, l’étrangeté.
Un art reconnu en France et dans le monde
Dès 2013 ses œuvres sont exposées en galerie en France puis à l’international. Levalet expose en Allemagne, Italie, Espagne, Belgique, Angleterre ou encore Danemark. En 2017 pour sa première exposition outre-Atlantique, il se retrouve à New York dans les galeries Joel Knafo Gallery dans le cadre de Urban Fair NY. L’objectif est de mettre en scène l’ancien et le nouveau monde à travers des supports historiques” ou humour et ironie s’exportent avec malice”.

Il enchaîne ensuite les expositions et projets individuels et collectifs. En 2015 par exemple, le collectif Quai 36 fait appel à 22 artistes dont Levalet, pour transformer la Gare du Nord. La ministre Fleur Pellerin souhaite faire vivre aux 750 000 voyageurs quotidien une lecture poétique et inattendue. Durant presque deux mois Levalet et les autres artistes, français et internationaux vont se relayer pour contribuer à ce projet d’art urbain. Aujourd’hui encore, quai 36, les voyageurs peuvent apercevoir les fresques et les pochoirs trônant sur les murs de la gare.

Un mode de travail unique
Dès qu’il repère un lieu propice, Levalet prend des mesures, des photos, observe chaque fissure, chaque tâche. Pour lui, ces détails ne sont pas de simples imperfections : ils deviennent partie intégrante de son œuvre. Il travaille avec des modèles – proches ou anonymes – et intègre des objets déjà présents dans le paysage urbain.
Ainsi, une tête de taureau accrochée à un mur parisien devient sous son pinceau un minotaure imposant. Plus loin, sur un rebord de fenêtre, il entasse des bouteilles vides à côté d’un jeune homme recroquevillé sur lui-même, figé dans une scène trop familière aux passants de la capitale. Il intitule cette œuvre Celle de trop. « J’imagine mes installations directement pour le lieu que j’ai choisi, afin que la juxtaposition d’un élément qui appartient au réel, comme un lampadaire par exemple, et d’un élément représenté, comme un personnage suspendu, crée une certaine ambiguïté visuelle qui confond deux niveaux de réalité », explique-t-il.


Le projet Odyssée
Il entame en 2019 son projet Odyssée. Ce dernier représente une bande dessinée géante en 22 épisodes qui se lit à travers tout Paris. En plein cœur de la capitale ,sur les murs, défile l’histoire de ce jeune homme appelé à combattre. De sa convocation en passant par sa désertion et enfin à son retour à la maison. A travers le street art, l’artiste conte une histoire de guerre, passée. Un itinéraire est tracé et nous invite à une grande balade Parisiennes dans une ville qui a peut être, tendance à oublier. Cette bande dessinée sera par la suite déclinée en un livre chez Éditions Alternatives en 2023.


“C’est important qu’il semble naturel, qu’il fasse sens dans cet environnement.”
Ses personnages sont rarement isolés. Ils s’intègrent dans l’espace, interagissent avec des éléments du décor : un escalier devient un lieu de rencontre, un lampadaire, un support pour un ballet étrange. Levalet maîtrise l’art de l’illusion, utilisant la perspective pour donner l’impression que ses personnages sont aussi réels que les éléments qui les entourent. ” Je veux que mes dessins se fondent dans le décor de manière à ce qu’on se demande si ce sont des éléments réels ou si ce sont des dessins.“

Parfois, les personnages semblent dialoguer avec les passants, les regardant droit dans les yeux ou leur adressant un geste de complicité “Quand je place un personnage dans un endroit, je pense d’abord à la manière dont il va interagir avec l’espace, avec le spectateur. C’est important qu’il semble naturel, qu’il fasse sens dans cet environnement.”

L’un des aspects les plus intéressants de son travail réside dans sa capacité à s’adapter à chaque site où il intervient. Cette approche lui permet de jouer avec la perception du spectateur : parfois, l’œuvre semble surgir naturellement de l’environnement ; parfois, elle déstabilise, nous forçant à reconsidérer l’espace qui nous entoure. “Ce n’est pas un art figé, il évolue avec le lieu, avec l’histoire de l’endroit.”
Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui installé à Reims l’artiste expose ses œuvres jusqu’au 16 février 2025 à la maison de l’art de la communication de Sallaumines. “À côté de mes œuvres figées représentées dans cet espace, j’ai aussi produit une animation faite de collages de rue. Elle s’intitule l’Odyssée et est exposée ici”, présente l’artiste.
Ses œuvres, pourtant conçues pour être éphémères, ont la chance de perdurer dans le 13 e arrondissement, la ou habitait le jeune homme. “Je peux coller en toute impunité, mes collages ne sont pas effacés par les services municipaux car la mairie mène une vraie politique d’inclusion des arts urbains dans l’identité du quartier “- Levalet


