Depuis près de 7 ans, l’artiste originaire d’Abidjan fait de ses cheveux son terrain de jeu et s’amuse à y tresser des symboles féministes et africains.

Fin 2016, Laetitia Ky n’a que 20 ans lorsqu’elle expérimente sa première œuvre d’art capillaire. Au-dessus de son crâne, elle tresse un sceau de Salomon, symbole spirituel représentant le monde. Elle enchaîne en créant les contours de l’Afrique, un rappel de l’amour qu’elle porte pour le continent qui l’a vu grandir.
Des œuvres célébrant la beauté du monde
Laetitia Ky sculpte des oiseaux, des crocodiles, des scorpions. Elle fige aussi des arbres, des modèles humains. Elle célèbre des valeurs universelles comme l’amour et la fraternité en tressant des cœurs ou des poignées de main.


Inventive et jamais à court d’idées, Laetitia Ky inonde les réseaux sociaux de ses œuvres surprenantes qui fascinent son audience. Chacun de ses post est repartagé des milliers de fois, si bien que son succès et son talent ont attiré de nombreuses marques.
Ces derniers mois, l’artiste ivoirienne a été approchée par Fenty Beauty, la marque de cosmétiques de la chanteuse Rihanna. Elle a aussi pu travailler avec Marc Jacobs en faisant porter ses sacs à ses cheveux (oui, oui, vous avez bien lu), ainsi qu’avec Apple dans le cadre d’une publicité.
Une technique époustouflante
Grâce à ses cheveux crépus, la hair-stylist réussit à former des locks. Elle les dompte ensuite en s’aidant de fils de fer et d’extensions capillaires. Ces faibles aides matérielles lui permettent tout de même de créer les formes qu’elle désire montrer au monde.

Laetitia s’amuse à faire de ses cheveux des prolongements des mains et à leur faire tenir des objets. Comme un grand enfant, elle leur donne aussi la forme d’une corde à sauter pour allier art et divertissement. Pour l’œuvre aux allures “cour de récré”, elle a d’ailleurs reçu un prix étrange… mais prestigieux. Le Guinness World Records lui a décerné le trophée du “Most skip over hair in 30 secs” (le plus de sauts au dessus des cheveux en 30 secondes). Présente dans le fameux Guinness Book 2022 pour cet “exploit”, Laetitia Ky se réjouit du plaisir d’obtenir un “record si drôle” sur son compte Instagram.


L’utilisation de ses cheveux naturels pour créer des œuvres d’art est une revanche pour elle, comme elle l’explique à France 24 : « Quand j’étais plus jeune, tout le monde se défrisait les cheveux, c’était ça la norme. Donc, jusqu’à mes 16 ans, je n’avais jamais vu en vrai une femme noire avec ses cheveux naturels ».
Laetitia Ky : une femme consciente des enjeux sociétaux
En 2022, Laetitia se focalise sur des œuvres purement féministes. Elle crée des formes d’utérus, de clitoris, ou encore le symbole du sexe féminin.
Dans la description de ses posts, elle relaie des témoignages que des femmes ont partagé avec elle. Elles y racontent des cas d’agressions sexuelles, de mutilation génitale… Pour Laetitia, mettre la lumière sur ces histoires, via ses magnifiques sculptures capillaires, est une manière d’alerter son public face aux abus que les femmes continuent de subir.


Les discriminations raciales et les violences policières constituent aussi un sujet essentiel pour la native d’Abidjan. En octobre 2020, elle représente un agent de la police matraquant un enfant. Via cette œuvre, elle alerte sur les violences policières que commet la SARS (Special Anti Robbery Squad), une milice qui procède à de nombreuses exactions au Nigeria.

Ses divers engagements ne lui ont pas apporté que du bon puisqu’elle a reçu des insultes et des menaces de mort après avoir portrait l’autrice J.K Rowling. En la considérant comme une « icône féministe », elle s’est attirée les foudres de la communauté trans. La créatrice d’Harry Potter est en effet dans leur viseur, après des propos controversés.

Malgré les quelques intimidations, Laetitia Ky continue son chemin. Les milliers de messages de soutien et d’amour reçus compensent amplement. Elle devient elle-même une icône artistique. Invitée à la Biennale de Venise en 2022 en tant que représentante de la délégation ivoirienne, elle y expose les photographies de ses coupes de cheveux les plus marquantes.
Son voyage artistique continue à prendre de l’ampleur puisque depuis le début du mois de juin, on peut retrouver un panel de ses œuvres dans la galerie d’art Lis10 à Paris. Mais aussi dans la ville de Rocca Sinibalda, en Italie, pour la fondation Una Boccata D’Arte.


Nul doute que ces opportunités motiveront encore plus Laetitia Ky. Celle qui impressionne par son originalité et les détails de ses œuvres n’est pas prête de s’arrêter de nous époustoufler.
Pour retrouver ses œuvres et son actualité, suivez Laetitia Ky sur Instagram.



