Portrait de Isao Takahata

Isao Takahata : hommage au maître de l’animation japonaise

Image d'avatar de Benoît Dupuis-TordjemanBenoît Dupuis-Tordjeman- Le 15 octobre 2025

Pionnier du dessin animé contemporain, de l’après-guerre au studio Ghibli, l’œuvre d’Isao Takahata est exposée à la Maison de la Culture du Japon à Paris jusqu’au 24 janvier 2026. Auteur du Tombeau des lucioles, de la Tortue rouge, du Château dans le ciel ou du Conte de la princesse Kaguya, c’est aussi lui qui forme Hayao Miyazaki avec qui il fonde les studios Ghibli.

Décédé le 5 avril 2018 à l’âge de 82 ans, après presque 60 ans de carrière dans l’animation (il entre chez Tôei Animation en 1959), Isao Takahata est un monument de l’animation japonaise. La Maison de la Culture du Japon à Paris a choisi, pour son exposition automne-hiver 2025, de lui rendre hommage en présentant une vaste sélection de carnets, storyboards, dessins originaux, celluloïds et extraits de films et vidéos qui retrace son parcours et sa contribution au monde de l’animation au Japon. 

Intitulé Isao Takahata, Pionnier du dessin animé contemporain, de l’après-guerre au Studio Ghibli, l’événement s’articule en quatre grands axes. L’exposition s’intéresse d’abord à ses débuts, au point de départ qu’est sa passion pour le film d’animation avant de se pencher sur son expérience des années 70 où il découvre les joies du quotidien en explorant de nouveaux horizons. 

Fortement inspiré par la culture occidentale, il faudra attendre les années 80 pour qu’il commence à s’intéresser à l’histoire de son pays : c’est notamment là qu’il réalise le Tombeau des Lucioles. Dès les années 90, Isao Takahata renouvelle sa manière de faire de l’animation en s’inspirant des rouleaux peints traditionnels.  Il cherche à adopter un style évoquant l’aquarelle. L’exposition se termine sur le Conte de la princesse Kaguya, son dernier film et le seul qui le satisfait pleinement. 

Les débuts 

En 1959, Isao Takahata rejoint Tôei Animation avec l’ambition de devenir réalisateur de dessins animés. Il est assistant-réalisateur sur des films comme Anju to Zushioumaru (1961), Le prince garnement terrasse la grande hydre (Wanpaku-ôji no Orochi-taiji, en 1963) et travaille à la mise en scène des épisodes de Ken, l’enfant-loup (Ōkami shōnen Ken, de 1963 à 1965). 

Ses compétences artistiques lui valent d’être choisi pour réaliser son premier long métrage destiné au cinéma avec La Grande aventure de Hols, prince du Soleil (distribué en France sous le titre Horus, prince du Soleil en 1968). L’histoire de Hols, héros unissant ses forces à celles des villageois pour vaincre un démon, s’inspire d’une pièce de théâtre de marionnettes écrite par Kazuo Fukazawa et intitulée Le Soleil au-dessus de l’orme. Celle-ci prend sa source dans un poème épique du peuple Aïnou

Il quitte Tôei Animation à la fin des années 60 et s’ouvre à de nouveaux horizons avec plusieurs séries télévisées. Ainsi apparaissent Heidi en 1974, Marco en 1976 et Anne…la maison aux pignons verts en 1979. Pour chaque série, il sort une cinquantaine d’épisodes par année de diffusion, soit un par semaine. Ainsi produit-il plus de 300 plans par semaine pendant plusieurs années, chaque plan nécessitant au moins un ou deux dessins. 

L’influence de la culture occidentale est ici flagrante : Heidi dépeint le quotidien d’une jeune fille du même nom vivant dans les Alpes suisses et à Francfort avec son grand-père, Clara et Pierre, quand Anne…la maison aux pignons verts, se situe sur l’Île-du-Prince-Édouard, au Canada, et suit la jeune Anne Shirley, adoptée par Matthew et Marilla Cuthbert. Outre l’invention du système de Layout qui constitue une approche révolutionnaire, Isao Takahata et les membres du studio sont les premiers à réaliser des voyages de repérage afin de dépeindre au mieux les paysages représentés. 

Culture japonaise et dialogue passé-présent 

Il faut attendre Kié la petite peste en 1981 et Gauche le violoncelliste en 1982 pour voir Takahata se concentrer sur la culture de son pays et raconter des histoires se déroulant au Japon. C’est au même moment qu’il contribue à fonder les studios Ghibli en 1985 : cette démarche aboutit à la réalisation de films portant un regard sur l’histoire contemporaine du Japon avec Le Tombeau des Lucioles en 1988, Souvenirs goutte à goutte (1991) et Pompoko (1994). 

Le Tombeau des Lucioles marque un tournant pour Michiyo Yasuda, à la direction des couleurs : s’il est habituellement coutume d’utiliser des couleurs plus saturées que dans la réalité, elle doit recréer une nouvelle palette moins vive et repenser l’ensemble de la chromie en profondeur. Pendant ce temps, Takahata souhaite faire de Seita, le personnage principal, un enfant qui ressemble à ceux de son époque pour que les spectateurs puissent imaginer ce qui se produirait si une nouvelle guerre venait à éclater. 

Avec Pompoko, l’équipe du studio s’intéresse au développement urbain galopant qui entraîne la destruction de zones naturelles et met en danger ses habitants, comme les Tanuki (sorte de raton-laveur). Isao Takahata avait d’ailleurs confié qu’il souhaitait créer une sorte de documentaire fictif raconté du point de vue des Tanuki. 

À la fin de sa carrière, avec Mes Voisins les Yamada, l’artiste souhaite explorer de nouvelles formes d’animations et se plonge, dès les années 90, dans l’analyse d’anciens rouleaux peints, dénommé emakimono (絵巻物). Cette démarche lui permet de mettre (ou remettre) en lumière la culture visuelle japonaise. Il en tire une esthétique proche de l’aquarelle. 

En 2013 sort Le Compte de la Princesse Kaguya, après huit ans de travail, de sa conception à sa réalisation. Portant le plus ancien texte littéraire japonais, le Compte du coupeur de bambous à l’écran, le film retrace fidèlement l’histoire de cette princesse connue de tous les japonais. C’est l’ultime film d’Isao Takahata, où il porte une attention particulière sur la notion de croquis, aux lignes discontinues et aux parties non colorées. . 

L’exposition est à retrouver à la Maison de la Culture du Japon à Paris, au 101 bis, quai Jacques Chirac, dans le 15ᵉ arrondissement de la capitale, jusqu’au 24 janvier. 

Mes voisins les Yamada ©1999 Hisaichi Ishii/Isao Takahata/Studio Ghibli, NHD
Mes voisins les Yamada
©1999 Hisaichi Ishii/Isao Takahata/Studio Ghibli, NHD
Bande annonce - Le conte de la princesse Kaguya (2014)

Partagez avec vos amis :)
Tags en rapport :
A voir aussi !
Banksy (enfin) démasqué ? Reuters lève le voile sur la plus grande énigme du Street Art

Banksy (enfin) démasqué ? Reuters lève le voile sur la plus grande énigme du Street Art

Un an d'enquête, des archives exhumées à New York, un…

16 mars 2026

Les 3 sorties musicales de la semaine du 9 mars 2026

Les 3 sorties musicales de la semaine du 9 mars 2026

La semaine dernière, les amateurs de musique ont été particulièrement…

9 mars 2026

Les 3 sorties musicales de la semaine

Les 3 sorties musicales de la semaine

La semaine dernière, les amateurs de musique n’ont pas eu…

3 mars 2026

Benoît Dupuis-Tordjeman
Article écrit par :
Journaliste et photographe, je m'intéresse à l'art mais aussi aux sciences. Amateur de grandes randonnées et d'astronomie, j'aime découvrir le monde et en partager la beauté. J'aime aussi communiquer cet amour du beau et parler d'écologie. https://linktr.ee/benoitdt_photographie

Laisser un commentaire

Laisser le premier commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.