Franck Desplanques

Franck Desplanques : l’Hommage aux communautés du bout du monde

Image d'avatar de Benoît Dupuis-TordjemanBenoît Dupuis-Tordjeman- Le 5 mars 2025

Exposé jusqu’au 28 février 2025 au Quai de la Photographie à Paris, Franck Desplanques rendait hommage aux communautés du bout du monde, ces communautés autochtones aux identités culturelles fortes et qui établissent une relation étroite avec la nature.

“Mes premiers mots vont à tous ces héros du quotidien, à toutes ces communautés oubliées qui sont une source d’admiration et d’inspiration inépuisable”, commençait Franck Desplanques dans l’explication de sa série. Photographe et rédacteur en chef de l’émission Rendez-vous en terre inconnue depuis 20 ans, il parcourt le monde depuis plus de 30 ans à la rencontre de ces communautés. 

Et de continuer : “Je les remercie profondément pour leur délicatesse et leur bienveillance. Je leur suis et je leur serai éternellement reconnaissant pour tout ce qu’ils m’ont appris et m’apprennent encore aujourd’hui. Cette exposition et le numéro spécial de Natives (une revue trimestrielle) qui l’accompagne sont des hommages à la richesse de leurs cultures, une reconnaissance de leur existence et une volonté de soutien devant toutes les épreuves qu’ils endurent chaque jour.” 

Initié très jeune à la photographie, Franck Desplanques n’arrêtera jamais de photographier ses voyages et les communautés qu’ils croisent alors. Mais il ne s’agit pas là uniquement de se souvenir de ces voyages : l’important est de rendre compte de la réalité de leurs modes de vie autant que de leur rendre hommage. 

Franck Desplanques imagine ses séries photographiques comme un hommage à ces peuples du bout du monde ; Hommage ©2024 Franck Desplanques
Franck Desplanques imagine ses séries photographiques comme un hommage à ces peuples du bout du monde ; Hommage ©2024 Franck Desplanques

“L’exposition Hommage est un voyage aux quatre coins de notre planète, parmi six populations emblématiques qui luttent pour continuer à exister dignement. Au-delà d’une recherche graphique, c’est une volonté de voir différemment ces communautés du bout du monde, trop souvent stigmatisées.” Ainsi, explique-t-il le mélange entre art et reportage. 

Pour évoquer ces communautés, Franck Desplanques utilise une approche insolite, à l’image de leurs vies. Image de ces rencontres, chaque détail a de l’importance, de même que, pour ces familles isolées, tout a un sens. C’est au spectateur de décrypter chaque image, d’en saisir le sens au-delà de la simple contemplation.

“Les images en noir et blanc passent du positif au négatif. Les couleurs plongent dans les luminosités infrarouges. Les détails se juxtaposent aux portraits et aux paysages. Les photographies sont à l’image de ces rencontres, elles interrogent et nécessitent parfois de l’attention pour être décryptées,” explique le communiqué de presse du Quai de la Photographie. Et de préciser qu’avec cette exposition, Franck Desplanques souhaite montrer “leur quotidien, faire accepter leur existence, leur singularité. Avoir conscience que ces peuples sont là, avec nous et en même temps que nous, est une marque de respect indispensable à leur reconnaissance.” 

Une vie par monts et par vaux 

Humaniste et documentaire engagé, Franck Desplanques cherche à “montrer le monde d’une façon bienveillante et respectueuse”, sans banalisation ni idéalisation des modes de vie de ces communautés autochtones. Journaliste, photographe et auteur de documentaires, il s’envole, dès les années 80, en Sibérie, où il rencontre les éleveurs nomades de l’arctique Russe. Il en tire un livre,  Nénètses de Sibérie, les hommes debout. Il publiait aussi, avec Françoise Huguier, les livres Sur les traces de l’Afrique fantôme et En route pour Behring, à l’issue d’un voyage dans ces deux régions du monde. 

Puis, dans les années 90, il traverse de nombreux (autres) pays, comme l’Éthiopie, l’Équateur, la Bolivie, la Russie, l’Indonésie, le Brésil, et les Etats-Unis, dans le cadre d’une série de reportages de 52 minutes réalisés en collaboration avec la série documentaire Dans la Nature. Pour de nouveaux reportages, pendant 3 ans, il partage ensuite le quotidien de certaines de ces communautés : Vézo de Madagascar, Moken de Birmanie, Inuits au Canada, Badjos d’Indonésie et à nouveau, des Nénètses en Sibérie. 

“Franck consacre une grande partie de sa vie aux peuples autochtones, c’est un passionné. Il y a de l’amour dans cet engagement. Lorsqu’on faisait trois émissions par an, il passait neuf mois de sa vie à dormir par terre quelque part. C’est une personne hors normes, qui a son propre moteur”, raconte Frédéric Lopez, créateur de l’émission Rendez-vous en terre inconnue

Marianne James chez les Bajaus en Indonésie - Rendez-vous en terre inconnue

Ces communautés du bout du monde

Les Inughuits

Les Inughuits sont sans doute le peuple du bout du monde le plus connu, vivant sur une terre mythique qui fascine les explorateurs depuis toujours. Les Inughuit habitent l’extrême nord-ouest du Groenland, là où il n’y a plus de route, à mi-chemin entre le cercle arctique et le pôle Nord. Sentinelles des changements climatiques, ils perpétuent un mode de vie ancestral, rythmé par la chasse et la mer gelée, tout en naviguant entre traditions millénaires et modernité.

Avec un mélange de négatif et de positif, liant les photographies entre elles, Franck Desplanques nous montre le quotidien de ses communautés de l’extrême Nord, entre vie gelée et transmission d’un savoir ancestral. Sur l’image du haut, un attelage de chiens – en négatif – se tient face à l’immensité glacée, figé dans un contraste saisissant, comme une ombre inversée du réel. Ces compagnons essentiels au mode de vie polaire attendent, prêts à s’élancer sur la banquise. Sur l’image du dessous, un homme ajuste avec précision les patins de son traîneau, geste hérité de générations d’explorateurs du Grand Nord, témoignage d’un lien indéfectible entre l’homme et son environnement, où chaque outil, chaque instant, porte le poids d’une vie arctique en équilibre entre modernité et traditions millénaires.

Des Inughuits, Hommage ©2024 Franck Desplanques
Des Inughuits, Hommage ©2024 Franck Desplanques

Les Mentawaïs

Comptant parmi l’une des plus anciennes cultures du monde, les Mentawaï vivent sur les îles du même nom, un petit archipel au large de l’Indonésie, composé de quatre grandes îles (Siberut, Sipora, North Pagai et South Pagai) et d’une quarantaine de plus petites. Semi-nomades, ils habitent dans des uma, grandes maisons communales en bois sur pilotis, et vivent principalement de la chasse, de la pêche et de l’agriculture itinérante. Leur mode de vie repose sur une relation spirituelle étroite avec la nature, où chaque élément – animaux, arbres, rivières – est considéré comme doté d’une âme.

Incluant aussi des filtres infrarouges, Franck Desplanques nous plonge dans l’univers des Mentawaï. En haut, la jungle s’illumine de teintes irréelles, transformant le paysage en une vision psychédélique où la nature semble vibrer sous une lumière invisible à l’œil nu. Un palmier aux feuilles tombantes abrite des paniers tressés, témoignant d’un savoir-faire artisanal ancestral. Plus bas, au cœur d’une maison traditionnelle, plusieurs hommes tatoués, parés de bijoux en os et en fibres naturelles, s’affairent autour d’un foyer. Entre forêt et foyer, entre rites et survie, les Mentawaï perpétuent un mode de vie en symbiose avec leur territoire, résistant aux influences du monde extérieur tout en s’adaptant à une modernité grandissante. Mode de vie que l’isolement des îles Mentawaï permet de sauvegarder. 

Des Mentawaïs, Hommage ©2024 Franck Desplanques
Des Mentawaïs, Hommage ©2024 Franck Desplanques

Les Kogis

Les Kogis, peuple indigène de la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie, sont les descendants directs de la civilisation Tayrona, qui prospéra avant la colonisation espagnole. Vivant en harmonie avec leur environnement, ils considèrent la Sierra comme un lieu sacré, qu’ils appellent le “Cœur du Monde”. Leur société est organisée autour d’un mode de vie communautaire, avec des villages composés de huttes circulaires aux toits de chaume, construites en matériaux naturels. Les Kogis portent des vêtements traditionnels en coton blanc, symbolisant la pureté et l’équilibre spirituel, et les hommes coiffent souvent un chapeau tissé représentant les sommets enneigés de la Sierra.

Comme pour le reste de la série, l’image se découpe en deux parties distinctes. En haut, un portrait d’un homme de la communauté Kogi, les mains sur un bâton et la tête reposant sur l’ensemble, amène paix et sérénité. En dessous, une scène de vie collective se déroule dans un village de Kogi, niché au cœur d’un paysage montagneux verdoyant. Plusieurs hommes et femmes, tous vêtus de blanc, circulent entre des huttes traditionnelles à toit de chaume, participant à ce qui semble être une activité agricole ou communautaire.  L’ensemble de l’image met en avant l’identité culturelle forte des Kogis, leur mode de vie en symbiose avec la nature, et leur attachement aux traditions ancestrales.

Des Kogis, Hommage ©2024 Franck Desplanques
Des Kogis, Hommage ©2024 Franck Desplanques

À travers une mise en scène visuelle forte, Franck Desplanques ne documente pas seulement ces cultures ancestrales : il les révèle sous un prisme sensible et artistique. Le choix du noir et blanc, du négatif ou de l’infrarouge transcende la simple photographie pour sublimer l’essence même de ces peuples, soulignant à la fois leur force et leur vulnérabilité face aux changements du monde moderne. Il s’agit là d’un témoignage, qui défie notre regard contemporain.

Au-delà de l’aspect esthétique, cette exposition nous invite à une réflexion plus profonde : en observant ces peuples vivre en harmonie avec leur environnement, en respectant la nature comme une entité vivante et sacrée, nous prenons conscience des dérives de nos propres modes de vie. Leur sagesse ancestrale, fondée sur l’équilibre et la préservation, offre une leçon précieuse à une époque où l’urgence climatique et l’effondrement de la biodiversité nous contraignent à repenser notre relation à l’environnement. En écoutant ces voix oubliées, peut-être trouverons-nous les clés pour un avenir plus durable et respectueux de notre planète ? 

L’exposition était à retrouver au Quai de la Photo, à Paris, jusqu’au 28 février 2025.

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Benoît Dupuis-Tordjeman
Article écrit par :
Journaliste et photographe, je m'intéresse à l'art mais aussi aux sciences. Amateur de grandes randonnées et d'astronomie, j'aime découvrir le monde et en partager la beauté. J'aime aussi communiquer cet amour du beau et parler d'écologie. https://linktr.ee/benoitdt_photographie

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