Éloïse Labarbe-Lafon est une artiste photographe française, née en 1995 à Toulouse, dont le travail fusionne photographie argentique et peinture, pour créer des œuvres empreintes de poésie et de nostalgie.
Dès son adolescence, elle s’intéresse à la photographie, explorant les procédés argentiques traditionnels. Parallèlement, elle poursuit des études en histoire de l’art et en cinéma, se spécialisant dans la restauration de films et la colorisation d’archives documentaires. Cette immersion dans le monde du cinéma ancien et des souvenirs capturés sur pellicule influence profondément sa démarche artistique.



Fragments d’un passé imaginaire
Avec ses tonalités douces et oniriques, Éloïse Labarbe-Lafon arrive à capturer ce sentiment indescriptible d’une nostalgie de l’ailleurs. C’est ce que les Allemands appellent « Fernweh » ou les Gallois « Hiraeth » : la douce mélancolie de vouloir rentrer dans une maison d’enfance imaginaire, de revivre des vacances dont on ne se souvient qu’à travers de vielles photos, de revisiter un passé lointain que nous n’avons pas pu réellement connaître.
Ce sentiment de tendre nostalgie vient autant des thèmes que de la technique utilisée par l’artiste, inspirée à la fois de la photographie victorienne et des cartes postales colorisées des années 1900. Prises à l’argentique et en noir et blanc, les photographies sont ensuite colorisées à la main selon un processus développé au fil de ses recherches. Du bout des doigts ou du pinceau, elle redonne des couleurs et formes personnelles à ces instants saisis, et crée des réalités idéalisées.


La technique comme autoportrait
En peignant avec ses doigts, l’artiste inscrit son propre corps dans la matière de l’œuvre. Ces traces deviennent de discrets témoins de sa présence et de son interaction avec l’image, offrant une dimension encore plus personnelle au processus créatif. C’est une sorte d’autoportrait en soi, même quand l’image ne représente pas l’artiste elle-même. Ses traces de doigts, ses empreintes digitales visibles sur la surface de ses photographies, sont autant de signatures corporelles qui rendent chaque image unique et personnelle. L’empreinte digitale, en particulier, est un symbole puissant de l’individualité. Elle est une marque biométrique qui, comme une signature, est irrémédiablement liée à l’artiste.


Albums photo et journaux intimes
L’artiste parcours le monde, et prends des photos au fil de ses déambulations, voyages et résidences, en France, au Mexique, aux Etats-Unis ou encore en Grèce, en Australie, au Japon ou en Espagne. Dans ces mondes oniriques sensibles, des figures floues se découpent sur fond de paysages rocheux rappelant la surface de la Lune, et des femmes aux regards mélancoliques se prélassent dans des piscines qui ressemblent à l’océan. Ce sont des invitations au voyage et à la poésie, que l’artiste réunit dans plusieurs livres photo.


Son premier livre, Album, publié en 2023, est une compilation de ses œuvres photographiques, présentées comme un album photo où chaque image raconte une histoire, un souvenir imaginé ou transformé. C’est à l’occasion de la sortie de son livre qu’elle présente sa première exposition personnelle, du même nom, à la EST Galerie, à Paris.



Publié en 2024, son deuxième livre, Motel 42, est une collection d’autoportraits réalisés lors d’un road-trip à travers les États-Unis et le Canada, accompagné d’extraits de journaux intimes.
Motel 42: paysages intérieurs fantasmés
Certains carnets de voyage retracent les routes empruntées, d’autres cartographient les émotions changeantes de ceux qui voyagent. C’est ce que présente Motel 42. Né d’une promesse que l’artiste s’est faite à elle-même — ne jamais dormir deux fois dans la même chambre au cours de son voyage — Motel 42 présente des paysages intérieurs se déroulant sur la toile de fond de 42 chambres de motel anonymes.


Dans cette série d’autoportraits, l’artiste capture des moments qui semblent à la fois profondément intimes et étrangement détachés. Chaque image, méticuleusement mise en scène dans les matins feutrés de motels inconnus, sert d’entrée visuelle dans son journal émotionnel. L’utilisation de peintures à l’huile se superpose au film en noir et blanc, créant une dissonance qui nous amène à nous interroger sur ce qui est réel et ce qui est rêvé. Les notes sombres de son journal et ses réflexions sur la vie sur la route, le sentiment d’impermanence, et les États-Unis d’aujourd’hui, sont dissimulées sous l’attrait de magnifiques images, questionnant les contradictions entre l’apparence des choses et la façon dont elles sont ressenties.


Toujours en mouvement, l’artiste transforme chaque nouvel espace en un nouveau monde, rempli de sa propre résonance unique et teinté des émotions du jour. Certaines pièces semblaient garder les ombres d’anciens invités, hantées par une présence étrange ou imprégnées d’une atmosphère lourde et troublante. D’autres semblent accueillantes et chaleureuses. Chaque portrait reflète les humeurs changeantes de l’artiste, de la vulnérabilité à la tranquillité, du malaise à la joie, révélant comment notre environnement peut façonner notre monde intérieur, et inversement.


Motel 42 est aussi une célébration de la découverte de soi et de l’amour — de la façon dont des lieux banals comme des chambres de motel deviennent des mondes secrets rendus significatifs par la présence d’un être aimé. Il y a dans ces images une tendresse qui transcende leur atmosphère solitaire : deux corps reposant enlacés sur un lit, un regard doux capturé dans le reflet d’un miroir. C’est dans ces petits moments suspendus que le travail d’Éloïse Labarbe-Lafon montre comment les espaces les plus éphémères peuvent se transformer en sites de connexion profonde.











Retrouvez le travail d’Éloïse Labarbe-Lafon sur son site, et sur son compte Instagram.
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