Au tournant du XXe siècle, l’affiche et l’affichage publicitaire font partie du mobilier et du décor urbain : dans un style unique, Alphonse Mucha s’impose rapidement comme un artiste de renom dont l’œuvre est déclinée pour tous. L’artiste est à redécouvrir à l’exposition immersive Éternel Mucha, à MUSE Saint-Dizier.

Premiers pas artistiques
Figure majeure de l’Art nouveau (mouvement artistique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle qui s’appuie sur des lignes courbes), Alphonse Mucha cumule les occupations artistiques et professorales : il est affichiste, illustrateur, graphiste, peintre, architecte d’intérieur, décorateur et professeur d’art tchécoslovaque.
Si son éducation et son enfance, malgré un père huissier de justice, le prédestinent très rapidement à l’Art, ce n’est d’abord pas vers les arts graphiques qu’il semble s’orienter. Né le 24 juillet 1860 à Ivančice (actuelle Ivančice), en Moravie, dans une famille modeste, il suit des études de chant à Brno (alors capitale de la Moravie) et rejoint la chorale de l’église Saint-Pierre.
En 1875, il revient chez son père qui lui trouve un emploi de greffier au tribunal ; Mucha postule à l’Académie des beaux-arts de Prague qui lui fait cette recommandation : « Choisissez une autre profession où vous serez plus utile. » Cependant, sa détermination le pousse à déménager à Vienne où il travaille comme apprenti peintre de décors de théâtre. Grâce au soutien du comte Karl Khuen de Mikulov, il suit des cours à l’Académie des beaux-arts de Munich, posant ainsi les bases de sa future carrière artistique.


L’ascension fulgurante de Mucha !
En 1887, Mucha s’installe à Paris, où il poursuit ses études à l’Académie Julian et à l’Académie Colarossi. Il commence à travailler comme illustrateur pour divers magazines et crée des affiches publicitaires. Sa carrière prend un tournant décisif en 1894 lorsque la célèbre actrice Sarah Bernhardt lui commande une affiche pour sa pièce Gismonda. Le style innovant de Mucha, avec ses lignes courbes et ses couleurs pastel, fait sensation et lance sa carrière. Il devient rapidement l’un des artistes les plus demandés de l’Art Nouveau, créant des affiches emblématiques pour des pièces de théâtre, des produits commerciaux et des événements culturels.
Son art devient un style à part entière, souvent appelé “Le Style Mucha”. Il se caractérise par l’utilisation de formes naturelles stylisées, de motifs décoratifs complexes et de figures féminines idéalisées entourées de fleurs et de plantes. Le principe est simple : transformer la nature en éléments décoratifs. Loin de se contenter de l’affichage, Mucha produit également des tapis, bijoux, décors et costumes pour le théâtre ou papier peints. Il étend ainsi son influence et des œuvres telles que les affiches des Quatre Saisons et Les Fleurs, deviennent des icônes de l’Art Nouveau.
Au début du XXe siècle, Mucha entreprend son Épopée Slave, un projet monumental : cette série de vingt peintures représentant l’histoire et la culture des peuples slaves. Financé par le philanthrope américain Charles Crane, ce projet l’occupe pendant près de deux décennies. L’œuvre est considérée comme l’une de ses plus importantes et des plus personnelles, reflétant son engagement envers l’identité nationale slave.

« Mucha au présent »
L’exposition Éternel Mucha dédie à l’artiste une mezzanine où est souligné son héritage et son influence. « Son influence artistique se manifeste dans le mouvement pacifiste hippie “Flower Power” des années 1960-70, dans les mangas japonais, dans les images de super-héros, dans l’art urbain et même dans l’atelier de tatouage », précise l’exposition dans son communiqué de presse. Et c’est justement cette influence, notamment sur la pop-culture, qui est mise en avant !
Yoshitaka Amano, créateur du jeu vidéo Final Fantasy ;la mangaka Ryōko Yamagishi, qui fait partie des femmes ayant influencé le renouveau du genre « shōjo manga » (bande dessinée pour filles) à caractère romantique dans les années 70 au Japon ; Akiko Hatsu, qui déclare de Mucha « qu’il stimule notre sens du beau » ; mais aussi des diffusions sur écran de la série Arcane (2021, Fortiche Production, diffusé sur Netflix), tirée du jeu League of Legends (2009, Riot Game) : longtemps après sa mort en 1939, Alphonse Mucha inspire toujours autant.
Mélangeant l’art de Mucha et la pop-culture des jeux vidéo d’aujourd’hui, Julien Georgel, directeur artistique de la série Arcane, explique :
« On s’est beaucoup attaché pour les décors à s’inspirer de notre monde à nous en particulier, mélanger plusieurs influences et essayer d’en faire quelque chose d’un petit peu nouveau mais qui garde des attaches avec la culture des spectateurs, qu’elle soit consciente ou inconsciente. (…) Piltover et Zaun sont deux villes jumelles dans une sorte d’époque de révolution industrielle, de nouvelles technologies, d’évolution culturelle très forte. En gros, c’est notre monde occidental au début du 20 e siècle, plus ou moins. (…). Dans la série, on a des références directes à Mucha, on peut s’imaginer qu’il y a un peintre qui a le même style que Mucha, qui vit dans Zaun, qui fait des peintures, des affiches, des publicités, un peu dans le même esprit. »
Alphonse Mucha, par son talent et sa vision, a laissé une empreinte dans l’histoire de l’art. Son style, marqué par des lignes courbes et des motifs floraux, continue d’inspirer des générations d’artistes à travers le monde. De ses affiches emblématiques à son Épopée Slave, Mucha a su capturer l’essence de son époque tout en transcendant les frontières culturelles. Aujourd’hui, son héritage perdure, influençant non seulement les arts visuels, mais aussi la culture populaire, des mangas aux jeux vidéo. Pour découvrir ou redécouvrir l’univers fascinant de cet artiste visionnaire, rendez-vous à l’exposition Éternel Mucha au MUSE Saint-Dizier, adaptation de l’exposition Éternel Mucha présentée en 2023 au Grand Palais Immersif Paris, une immersion incontournable dans le monde enchanteur de Mucha. A visiter jusqu’à la fin du mois d’août



