Les peintures d’Alexander Klingspor, qui pourrait être qualifiées de psychologiques, explorent de nombreux sujets qui souvent reflètent sa vie et ses réflexions sur son environnement. Un peintre à la fois fascinant et provoquant.
Alexander Klingspor, une peinture guidée par des visions
Né à Stockholm en 1977, Alexander Klingspor grandit en Suède. Très tôt, il choisit de consacrer sa vie à l’art il s’intéresse aux peintres de la Renaissance, du baroque et aux mouvements artistiques de la fin du XIXe siècle. Il se forme alors auprès de l’illustrateur et peintre américain Mark English à Kansas City, dans le Missouri et de Magnus Bratt, un copiste du National museum of Sweden, spécialisé dans la peinture à l’huile du XVIe siècle. Ce riche apprentissage lui donne l’occasion d’explorer aussi bien les techniques de peinture des maîtres plus anciens que les procédés les plus récents.

Peignant à partir de modèles vivants, son travail s’insère dans une tradition multi-figurative de grand format, entre réalisme et surréalisme. La douleur, le plaisir et le sexe font partis des thèmes récurrents de ses peintures. Les décors urbains, la décadence, l’obscurité et les scènes burlesques sont les motifs que vous retrouverez dans son œuvre.
« Une vie vécue avec un pied dans le passé et l’autre dans le présent devient une vie de questionnement. En tant qu’artiste, étudier l’art occidental et son histoire, c’est se rappeler que certaines choses restent les mêmes. Le bonheur, la beauté, la nostalgie, la vanité, l’avidité, la sexualité, etc. sont comme un fil conducteur à travers toutes les époques, aussi loin que l’on puisse remonter. L’époque dans laquelle nous vivons ne fait pas exception. Mon travail est une étude personnelle de la recherche existentielle à travers la peinture et une aspiration, une quête, d’une relation significative avec notre monde à une époque de bien-être matérialiste et de surconsommation. »
Alexander Klingspor lors de l’inauguration de l’exposition Prins Eugens Waldemarsudde au Museum de Stockholm.

Il décrit son inspiration comme étant le fruit de visions qui lui viennent aussi bien en rêve que dans sa vie éveillée. Elles sont le reflet de ses expériences, guidées par son intuition et son subconscient. Parfois, ce sont des années plus tard qu’il réalise pleinement leurs significations. Il préfère de ne pas essayer d’intellectualiser ses visions lorsqu’elles se présentent avant de les avoir peintes.
Souvent, ses tableaux évoquent des émotions contradictoires. Ce qui fascine et attire certains spectateurs est perçu comme une provocation par d’autres. Cela peut être vrai tant pour l’esthétique choisie que pour les motifs représentant des hommes, des femmes et des contextes sociaux.
Zoom sur quelques-unes des peintures d’Alexander Klingspor
À travers une série de peintures à l’huile d’Alexander Klingspor s’est amusé à jouer avec les idées de consommation et de goût : la manière dont nous nous habillons les uns pour les autres, dont nous suivons les codes non écrits des bonnes manières et de la hiérarchie, et dont nous assumons nos rôles. Dans ces toiles se succèdent homards surréalistes, carafes en forme de tête de cochon, éventails en dentelle étalés et poissons fraîchement pêchés tout droit sortis de siècles de natures mortes. Ces accessoires côtoient des âmes isolées au sein d’architectures sombres.



Aux côtés du romancier Salman Rushdie et du violoniste Ittai Shapira, il participe au projet Midnight’s Children qui consiste à faire le lien entre l’art, la musique et la littérature à partir de l’ouvrage éponyme publié en 1981. Il dépeint la transition de l’Inde du régime colonial britannique à l’indépendance. Trente ans après, cette histoire continue de résonner dans un monde de plus en plus conflictuel. Ainsi, l’idée est à partir de ces trois modes d’expression d’utiliser le réalisme magique comme moyen d’aborder le génocide, les conflits culturels et la guérison. À l’image du roman où se mêle le comique et le tragique, le réel, le surréel et le mythique, ce projet vise à montrer que l’expérience postcoloniale ne peut être exprimée par une polarité ou une unité occidentale ou orientale, publique ou privée, pas plus qu’un seul parti politique ne peut représenter tous les habitants de la nation.

À la suite d’une commande pour la salle de conférence d’un cabinet d’avocats à Stockholm, en Suède, Klingspor réalise une série de peintures surréalistes sur des toiles en polyéthylène. Le peintre examine la relation complexe de l’humanité avec les océans et l’aspiration de l’homme à contrôler les autres formes de vie.


Pour la salle de musique du château Art nouveau de Bjertorp, construit par le célèbre architecte suédois Ferdinand Boberg et l’homme d’affaires Knut Henrik Littorin au début du XXe siècle, il réalise une série de quatre tableaux. Réalisée en deux ans afin de se fondre au mieux aux couleurs et à l’ambiance générale de la pièce, celle-ci reproduit la chronologie d’une fête qui commence la nuit et se termine par une danse à l’aube. Des animaux de la région, fréquemment chassés pendant la saison de la chasse, ont été incorporés dans les peintures.
La chasse n’était pas quelque chose que j’avais déjà représenté dans mes scènes de dîner, mais j’ai toujours inclus des parties d’animaux pour refléter ce que nous, les humains, consommons.


Alexander Klingspor a passé onze ans dans le Lower East Side de Manhattan, de 2008 à 2019, pour peindre la scène burlesque de la ville de New York. Reliée une nouvelle fois à une réflexion sur la consommation, il exprime sa fascination pour la performance de ces artistes dans la captivante série Eat the night.



Retrouvez le travail d’Alexander Klingspor sur son site et sur son instagram.
Pour plus de peintures où se côtoient réalisme et surréalisme, (re)découvrez le travail d’Erik Thor Sandberg.



