En ce mois d’octobre spongieux, alors que chacun tente de passer entre les gouttes d’une actualité des plus sinistres, un projet singulier a attiré notre curiosité. Une bizarrerie musicale dont le pseudo Paramécie Balnéaire suffit à questionner notre bon sens. Avec son dernier album en date, intitulé en grosses lettres « TESTOSTÉRONE », ce producteur et bricoleur de sons de vingt-sept ans mets la masculinité à l’épreuve du feu. Il nous explique sa démarche.
C’était quoi l’idée de départ pour la création de cet album ?
J’aime bien partir d’un concept (ici, la masculinité mais ça peut être autre chose), et assembler des éléments autour de ça, comme un collage ou un champ lexical. J’ai procédé de manière instinctive, en partageant mon impression de ce que le patriarcat semble attendre de nous en tant qu’homme aujourd’hui.
De quel type de masculinité parles-tu ?
Je voulais exacerber la part de violence qu’il peut y avoir dans le genre masculin. Parler de l’immaturité dont font preuve les hommes la plupart du temps, et tourner tout ça en dérision afin de prendre du recul. On peut dire que c’est une caricature de la masculinité.
Est-ce que cela fait écho aux problématiques masculinistes ?
Tout à fait. J’ai puisé des influences dans le Hardcore, la Dubstep, le Punk, le Breakcore et la Trap. Parmi ces genres, il y a des artistes qui ont pour habitude de mettre en avant une idée de la virilité dans laquelle je ne me retrouve pas. Je suis influencé par Booba, SCH, Vald et j’essaie de prendre du recul par rapport à l’homophobie de certaines paroles, au sexisme et aux discours basés sur la compétition. Je voulais m’en inspirer pour me les ré-approprier. J’avais envie qu’en tant qu’homme, on puisse écouter ça et se dire « c’est vrai qu’on est cons » et d’en rire.

D’où te vient ce goût pour les drums travaillées ?
j’ai découvert le Breakcore à la fin du lycée : Igorrr, Ruby My Dear, Venetian Snares. Au début je trouvais ça dur à écouter, et en même temps, c’était drôle. Mais le côté déstructuré et surprenant des morceaux m’a très vite captivé, et j’ai commencé à produire mes propres morceaux sur mon ordinateur.
On a l’impression que tu essaies de créer un monstre de Frankenstein, est-ce que c’est ton intention ?
C’est un album qui a été composé dans la douleur, une période difficile pour moi. Si cet opus devait être un personnage, ce serait un être torturé. J’ai composé principalement sur le peu de temps libre que j’avais, en plus de mon travail alimentaire. Ce qui ne veut pas dire que j’ai cherché la fluidité, loin de là. C’était un travail de forcené et d’obstination, sur des morceaux dont je ne considérais pas beaucoup le potentiel. Mais au final je suis content d’avoir persisté dans mes recherches et de m’être fait violence. J’ai eu l’impression de triturer les codes de mon projet musical pour en faire quelque chose de nouveau et qui serve le propos de ce nouvel album.
Le travail de Paramécie Balnéaire est très proche de celui du groupe underground français Igorrr.
Quel est ton rapport au beau et à l’esthétique dans l’art ?
Je pense qu’on peut partir de quelque chose de laid et en faire du beau, comme dans la tragédie. On y parle de meurtre et de trahison, tout simplement parce que c’est la condition humaine. Selon moi, les artistes devraient aborder tous les sujets négatifs, se les ré-approprier pour les sublimer.
Quel est le fil directeur du projet Paramécie Balnéaire ?
Le Dadaïsme, le surréalisme, j’aime raconter des choses pour ne pas dire grand chose, et que les gens trouvent les réponses eux-mêmes. Le terme Paramécie Balnéaire est inspiré du cadavre exquis. Un jeu inventé par les surréalistes dans les années 20, qui consiste à mettre ensemble des mots qui n’ont rien à voir. Mes albums et mes morceaux fonctionnent de la même façon.
Si tu devais conclure cet interview en une phrase ?
Je dis souvent que je fourni la matière à partir de mes tripes, mais c’est aux auditeurs de faire le reste du travail en interprétant mes morceaux comme ils les perçoivent.



