Cette année encore, Sandrine Mulas, notre envoyée spéciale et photographe hors pair, a arpenté sans relâche les moindres recoins du Hellfest. Armée de son objectif, elle a su capturer non seulement l’énergie brute de la musique, mais aussi ces instants d’humanité fugaces qui font toute la magie du festival. Pendant quelques jours hors du temps, où l’art et l’humain ne font plus qu’un, elle a figé ces moments suspendus. À travers ses mots et ses images, laissez-vous emporter une nouvelle fois au cœur de cette édition inoubliable.
Entre flammes, décibels et héritage, le plus grand festival metal de France séduit une nouvelle génération de metalleux en quête d’identité, de sensations fortes… et de communion.
Sous le soleil cuisant de Clisson, une jeune femme en Doc Martens, t-shirt de Gojira trop grand et liner noir dégoulinant, lève les bras au ciel tandis que les riffs s’abattent comme des orages. À côté d’elle, un jeune de 22 ans agite sa crinière naissante devant la scène Altar. Leur jeunesse détonne dans un festival historiquement associé à une population plus mature, fidèle aux icônes du heavy, du black ou du death metal. Pourtant, cette année encore, la nouvelle génération de metalleux répond présente — et le Hellfest l’a bien compris.

Recruter les damnés de demain
Si le Hellfest reste un pèlerinage pour les vétérans du genre, il n’est plus seulement la messe des vieux briscards. Depuis quelques années, le festival redouble d’ingéniosité pour attirer un public plus jeune. Programmation affûtée, expériences immersives, esthétiques léchées et valeurs fortes : le Hellfest a compris que la relève ne se ferait pas uniquement avec des têtes d’affiche cultes.
« On a grandi avec les vidéos YouTube du Hellfest, c’était un fantasme. Maintenant on y est, et c’est mieux que dans nos rêves », sourit Amandine, 20 ans, venue de Toulouse avec ses potes de la fac. Ce qui l’a décidée ? “Muse, Linkin park, Korn… et l’ambiance !”
Car si le metal reste un monde de niches et de chapelles, le festival sait brasser large. Une scène plus moderne, plus inclusive, où les jeunes se reconnaissent. Le metalcore, le djent ou encore des groupes hybrides flirtant avec l’électro, le rap ou la pop sombre résonnent désormais sur les mêmes scènes que Scorpion ou Judas Priest. Une cohabitation intergénérationnelle qui fonctionne.

L’esthétique comme point d’entrée
À l’ère d’Instagram, le visuel compte autant que le son. Et le Hellfest l’a bien compris : ses décors toujours plus impressionnants, entre cathédrales infernales, pyrotechnique et structures steampunk, offrent un terrain de jeu instagramable idéal. Le site devient un parc d’attraction gothico-apocalyptique à ciel ouvert, parfait pour les selfies costumés ou les Reels qui « claquent ».
« Franchement, on est entre Disneyland de l’enfer et Mad Max », s’amuse Théo, 25 ans, venu avec sa mère ! « Je ne connaissais pas trop le metal avant, mais je suis tombé dedans grace à l’ambiance et la bienveillance des gens. »
Un metal plus safe, plus ouvert
Autre évolution qui attire les jeunes : une communauté plus consciente, plus safe. Le festival s’engage contre les comportements toxiques et multiplie les stands de prévention, les espaces de repos, les dispositifs d’écoute. Des valeurs chères à une génération ultra-sensible aux questions de consentement, d’inclusivité et de santé mentale. Les stands de nourriture vegan se multiplient et les boissons softs sont nombreuses sur les cartes des bars.
La nouvelle génération de metalleux, loin du cliché du mâle blanc hurlant dans la bière, est plus diverse, plus engagée. Et le Hellfest lui tend les bras, sans jamais trahir son ADN. Ici, on peut commencer sa journée par une séance de yoga sur de la musique metal, pogoter sur du death metal à200 BPM et, une heure plus tard, participer à un cercle de parole sur la place des femmes dans le metal.

Le Hellfest ne se passe pas de polémique. Cette année, le festival a été épinglé par Mediapart pour avoir fait jouer Bård Eithun, dit “Faust”. Le batteur du groupe suédois Blood Fire Death a été condamné pour le meurtre d’un homme homosexuel en 1992. Il a également été condamné pour avoir incendié des églises en compagnie du musicien néonazi Varg Vikernes.
La présence de Till Lindemann, le chanteur de Rammstein, a également fait polémique après des accusations d’agressions sexuelles particulièrement inquiétantes malgré un classement sans suite par le parquet de Berlin en 2023. Benjamin Barbaud, patron du Hellfest, a assumé son choix de programmation dans les colonnes du Parisien : “Je ne suis pas juge, mais directeur et programmateur de festival. Les poursuites judiciaires contre lui ont été abandonnées par le parquet allemand faute de preuves.“
Ronnie Radke, leader du groupe américain Falling in Reverse, a également été condamné pour son rôle dans le meurtre d’un lycéen de 18 ans, mais aussi soupçonné de violences conjugales, d’après Franceinfo. Il aurait également tenu des propos homophobes et transphobes sur les réseaux sociaux.
En 2023, le festival avait déjà fait polémique en invitant des artistes condamnés pour violences conjugales ou accusés de violences sexuelles. “J‘ai appris des polémiques“, avait confié Benjamin Barbaud au Parisien l’année suivante, “Elles m’ont aidé à prendre conscience que le festival devait en faire plus. Je fais amende honorable.” La même année, une enquête de Libération titrait : “Violences sexuelles et sexistes au Hellfest : ‘C’est purplewashing à fond, mais il n’y a pas de vrais changements'”.
L’héritage, oui — mais vivant
Si le Hellfest reste un hommage aux figures tutélaires du genre, il évite le piège du musée. C’est un lieu vivant, mutant, où les générations se passent le flambeau autour d’un brasero fumant ou d’un circle pit en fusion. Les jeunes ne viennent pas simplement consommer une culture ancienne : ils s’en emparent, la tordent, la transforment. « Le metal, c’est pas mort, c’est cyclique », affirme Clara, 22 ans, croisée sous la grande roue. « C’est un cri de ralliement. Et au Hellfest, on crie tous ensemble, peu importe l’âge. »
Ce que le Hellfest met en place pour séduire les jeunes
- Programmation équilibrée entre légendes et jeunes groupes montants
- Nouveaux espaces avec jeux d’arcades
- Communication active sur TikTok et Instagram
- Esthétique visuelle immersive et spectaculaire
- Espaces safe, inclusifs et engagés
- Accessibilité financière via les pass 1 jour ou les facilités de paiement

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