Dans la ville de Saintes, nichée au cœur de la Charente-Maritime, souffle chaque été un vent venu d’ailleurs. Un souffle vibrant, musical, généreux. Celui du Festival Transe Atlantique, que dirige avec passion Raphaëlle Chovin depuis maintenant quatre ans. Si son visage est familier des loges, des balances et des dernières courses en urgence, son parcours, lui, traverse bien des rivages.
Raphaëlle vient du monde de l’image. Réalisatrice de formation, elle a longtemps évolué dans l’univers de l’audiovisuel, mais toujours avec un pied, et le cœur, dans la musique. C’est ainsi qu’elle s’est naturellement tournée vers la réalisation de clips, puis l’accompagnement d’artistes en studio, au plus près de la création. L’image l’a menée au son. Le son l’a menée à la scène.
Depuis sa prise de fonction à la tête du festival, elle tient les rênes avec une rare énergie : programmation, production, direction, elle orchestre chaque édition comme un film à plusieurs voix, un voyage aux multiples escales. Mais ce périple, chaque année, commence sans certitude. “On repart un peu à zéro”, glisse-t-elle souvent. Car si le festival commence à s’ancrer sur le territoire, la reconnaissance institutionnelle reste fragile, et les subventions variables. Les coupes budgétaires, de plus en plus fréquentes, complexifient un équilibre déjà précaire. Pourtant, contre vents et marées, le navire tient bon.

Cette année, l’équipe bénévole a presque triplé : plus de 90 bénévoles mobilisés, contre 40 l’an dernier. Pour structurer cette belle ruche, des responsables bénévoles ont été désignés, preuve que le projet prend de l’ampleur. Mais si les moyens restent limités, la vision artistique, elle, ne plie pas.
Avec un plafond budgétaire savamment étudié , Raphaëlle compose sa programmation comme une calligraphe obstinée. Il faut jongler avec les cachets, les tournées existantes, les artistes québécois de passage, et parfois faire des choix cornéliens. D’autant que l’année précédente a placé la barre très haut, avec des têtes d’affiche qui ont fait exploser la jauge. Alors comment maintenir l’exigence, sans faire grimper les prix ? C’est là que réside l’art de l’équilibriste.
Mais chez Raphaëlle, la ligne artistique reste claire : ancrer le festival dans son territoire. S’adresser d’abord aux gens d’ici. Connaître leurs goûts, leurs envies. Aller les sonder dans les concerts, dans la rue. Puis mêler ces repères locaux à des découvertes singulières. Pas question de faire défiler les artistes qu’on voit partout sur les scènes estivales. Elle cherche la rareté, le supplément d’âme. Ces artistes qu’on ne voit pas deux fois, qui marquent par leur présence, leur audace.

Parmi ses grandes fiertés cette année, Klô Pelgag, artiste québécoise majeure, au talent aussi puissant qu’inclassable. Quinze ans de carrière, des prix à n’en plus finir. “Elle m’a fait le même effet que Björk dans les années 90”, confie Raphaëlle . Dans la même veine singulière, EliSapie, qui chante en inuite, bouleverse par sa voix rare et enracinée.
Côté français, Thomas de Pourquery incarne ce goût du métissage musical : jazz, rock, électro, tout s’y croise avec brio. Et pour finir le festival en beauté, Perceval, phénomène breton révélé sur les réseaux, aujourd’hui signé chez un grand label électro, viendra enflammer la scène avec son univers celtique revisité.
Vendredi soir, place à PLETHORE, collectif aux frontières de l’électro, de la pop et de la soul, porté avec finesse par Louis Faloci. Il prendra les commandes pour un DJ set incandescent, promesse d’une escapade sonore aussi puissante qu’inoubliable.
Le secret de ce festival, peut-être, tient à ses contraintes mêmes. Ce format à taille humaine, au cœur de la ville, devient une force. Les artistes y croisent le public. Les festivaliers assistent aux balances, échangent, dialoguent. Des duos naissent dans les loges, montent sur scène quelques heures plus tard. Des instants suspendus, impensables ailleurs.
Le Festival Transe Atlantique est un creuset. Un lieu où se mêlent les générations, les styles, les horizons. Un point de rencontre entre curiosité et émotion, entre audace et sincérité. Et au centre de cette alchimie, une femme, qui sait écouter, regarder, relier.

Vous pouvez retrouver toutes les informations concernant le Festival Transe atlantique ici :
Sur le site du festival : https://www.festivaltranseatlantique.com/
Sur les réseaux : https://www.instagram.com/transeatlantiquefestival/



